Montréal, 10 décembre 2025- Lettre ouverte signée par le Regroupement provincial en santé et bien-être des hommes.
Ce n’est pas une statistique qui se présente dans nos bureaux.
Ce n’est pas un graphique qui s’assoit en face de nous.
Ce sont des hommes.
Des vrais. Avec leurs blessures, leurs combats intérieurs, leurs silences parfois trop lourds.
Des pères qui se demandent comment être assez.
Des gars qui n’arrivent plus à respirer sous la pression.
Des travailleurs épuisés, brisés, parfois honteux d’avoir demandé de l’aide ou plutôt de ne pas avoir réussi à le faire.
Au Québec, les chiffres nous crient depuis longtemps qu’on perd trop d’hommes par suicide, aux surdoses, dans la violence conjugale encore cachée, dans l’isolement, dans le silence.
Mais derrière chaque histoire évitable, il y avait un signal faible. Un malaise. Un appel à l’aide qu’on n’a pas entendu, ou qu’on n’a pas pu entendre. Ou encore parce qu’on leur a appris toute leur vie à serrer les dents au lieu de dire qu’ils ne vont pas bien.
La 12ᵉ Journée québécoise pour la santé et le bien-être des hommes nous a rappelé une vérité simple, mais fondamentale : les hommes parlent, mais pas toujours comme on s’y attend.
Alors, écoutons-les. Pour vrai.
Partout au Québec, dans nos villes comme dans nos villages, il y a des équipes souvent trop petites qui « ramassent le monde à la petite cuillère ».
Ce sont des intervenants qui voient les regards fuyants, qui entendent les silences, qui savent que quand un homme dit « ça va aller », que ça ne va pas « pantoute ».
Ils accueillent ceux qui viennent après une séparation qui les écrase.
Ceux qui viennent parce qu’ils ont perdu leur job.
Ceux qui arrivent trop fiers ou trop blessés pour expliquer ce qui ne va pas.
Ceux qui vivent de la violence, ou en font vivre.
Ceux qui ne savent plus comment tenir debout.
Et ils les accompagnent sans jugement, avec humanité, patience, respect.
Ils trouvent des mots quand les hommes n’en trouvent pas.
Ils créent des espaces où les hommes peuvent enfin se déposer.
Ils préviennent des drames qu’on ne verra jamais dans les journaux, parce qu’ils ont été évités grâce à eux.
MAIS POUR ÇA, IL FAUT QUE CES HOMMES VIENNENT COGNER À LEURS PORTES
Ces organismes ne sont pas une option.
Ils sont un filet de sécurité essentiel pour des milliers d’hommes et de familles.
Ils sauvent des vies. Littéralement.
Ils devraient être reconnus comme tels et soutenus en conséquence.
Nous devons regarder nos angles morts de face.
Nous devons adapter nos services aux réalités masculines.
Nous devons écouter ceux qui voient les conséquences tous les jours : les organismes pour hommes.
Aujourd’hui, nous lançons un appel urgent :
Décideurs, médias, population
Écoutez. Pour vrai.
Écoutez les hommes quand ils disent qu’ils ne sont plus capables.
Écoutez quand leur silence en dit encore plus.
Écoutez les intervenants qui, souvent avec trois fois rien, changent une trajectoire de vie.
Écoutez les organismes qui voient le Québec tel qu’il est réellement, sans filtre.
Parce que derrière chaque homme qui demande de l’aide, il y a une possibilité :
la possibilité de comprendre et de se sentir compris, de reconstruire, de se réconcilier, de retrouver du sens, de vivre.
Aider les hommes, ce n’est pas un slogan.
C’est aussi aider les femmes
Les enfants
La société
Signée par le Regroupement provincial en Santé Bien-être des hommes

